38872904_1459655480801792_3492868594260246528_n

Le 10 août 2003, Georges Rougeron devait partir pour toujours, après une vie politique et d'écrivain tout à fait notable. Aussi, ses Camarades, les anciens élus, ses amis lui ont rendu hommage à l'occasion du 15ème anniversaire de sa disparation vendredi dernier. Mais cette cérémonie s'est aussi voulue républicaine, marquée par la présence du Maire et de l'opposition municipale. 

Qui était -il ? “ Je suis un ouvrier qui a quitté l’école de sa petite ville bourbonnaise à l’âge de 13 ans pour apprendre son métier. Dans ma famille l’on a toujours professé le goût et la grandeur du service public désintéressé ; mon grand-père a été de ceux qui, en d’autres temps, ont fait humblement et tenacement, la République ; mon père a été conquis au socialisme à vingt ans en écoutant, au début de ce siècle, Lucien Rolland, et moi, j’ai continué. » Ainsi, se décrivait Georges ROUGERON, décédé le 10 août 2003 à Commentry.

Né en 1911, fils unique, il fut marqué d’abord par son milieu familial et l’instruction primaire républicaine​. Il aimait à dire qu’il avait reçu de l’école et de son père, le civisme, l’engagement qui en découle, le sérieux du travail. Et avec sa mère, la simplicité, la modestie. De l’un, il avait reçu son goût de l’expression publique et de l’autre, celui d’une certaine solitude intime.

Secrétaire de Marx DORMOY

Lorsque, quittant l’école pour ne plus jamais y retourner, il emportait avec lui le plus précieux pour entrer dans la vie : la curiosité de l’esprit, le goût du travail, l’amour de sa petite patrie natale, celui de la Nation et l’ouverture vers l’humanité. C’est muni de son certificat d’études qu’il entra en apprentissage comme plâtrier peintre, avec son père ; ceci pendant dix ans. Convaincu par l’idéal d’un parti qu’il ne quitterait jamais, il adhéra aux Jeunesses socialistes en 1928. C’est ainsi qu’il rencontrera Marx Dormoy en octobre 1934 et deviendra son assistant parlementaire, puis secrétaire général adjoint de la municipalité de Montluçon. En effet, DORMOY avait reconnu très vite ses capacités de travail et ses qualités d’écriture. Lorsque la République vacilla par le vote des pleins pouvoirs à PETAIN le 10 juillet 1940, Georges ROUGERON fut témoin des heures tragiques condamnent la démocratie.

Marx DORMOY, s’opposant à la Cagoule, ayant refusé de voter avec 79 autres parlementaires la genèse du Gouvernement Français, il en payera de sa vie. Arrêté, placé en résidence surveillée à Montélimar, il sera lâchement assassiné dans son lit par la Cagoule qui y déposera une bombe à retardement.

« Un grand socialiste, abominablement assassiné par les ennemis du Peuple et de la France, m’a en quelque sorte appris la pratique des affaires publiques ; en d’autres temps, j’ai voulu accomplir le devoir tout naturel de lutter pour mon pays et pour mes idées ; j’en ai subi les conséquences. » expliquait Georges ROUGERON.

Aussi, il reprit son travail de plâtrier-peintre avant d’obtenir un emploi à la ville de Commentry en 1942. Se sentant chargé d’une responsabilité morale vis-à-vis DORMOY, «son patron », il s’engagea dans la Résistance, sera arrêté, placé en détention en Haute-Vienne. De santé fragile, il sera libéré en 1943. Avec René RIBIERE et Marcel LEGOUTIERE de la CGT, ils fondèrent le Comité Départemental pour la Libération, à l’image du Conseil National de la Résistance. Georges ROUGERON en sera le Secrétaire.

Président du Conseil général de l’Allier

Dès 1945, il devint premier secrétaire du Parti Socialiste, se confrontant au suffrage universel lors des élections cantonales de septembre puis sera élu Président du Conseil général de l’Allier à l’âge de 34 ans. Le plus jeune de France. Il présidera ainsi aux destinées de l’Allier jusqu’en 1970. Puis de 1976 à 1979. Il terminera paisiblement son mandat de Conseiller général en 1988. Élu Maire de Commentry de 1947 à 1989, il fut aussi Sénateur de l’Allier de 1959 à 1971. Et dans un autre temps, Conseiller régional d’Auvergne.

Publiant plus de 63 ouvrages sur l’histoire de l’Allier ans des domaines divers et variés, il réalisa aussi plus de 252 articles et près de 610 études et communications… C’est dire l’œuvre de ce « notaire de l’Histoire » qui fut reçu Docteur en Histoire en novembre 1983 avec « mention très bien ». En la matière, ses livres font référence encore aujourd’hui pour les chercheurs et historiens, constituant en raison des grandes connaissances accumulées par l’auteur, une référence obligée pour l’étude politique contemporaine de l’Allier.

Lorsqu’il quitta tous ses mandats en 1989, il se consacra au service des autres en tant que Conseiller municipal de Bézenet, où il habitait et où il se repose auprès de sa femme et de son fils adoré, trop tôt disparu et qui lui laissa, comme à son épouse, une cicatrice indélébile.

« Parce que je ne saurais être un politicien, je reste parmi vous qui m’avez fait le plus grand honneur de ma vie, au service de notre Canton, au service du Peuple dont je suis, comme vous, un fils désintéressé, seulement soucieux de bien agir dans l’intérêt commun. »

Pierre MAUROY, Ancien Premier Ministre évoquait cet autodidacte, passant le plus clair de son temps dans les bibliothèques. Tranquille, discret, revendiquant avec « honneur » d’avoir conservé la Mairie de Commentry aux socialistes.

Son aura personnelle débordait largement les clivages politiques, ceci tenant à la complexité de sa personnalité. On lui sait gré d’avoir toujours eu une conception romaine du civisme, de penser que la gauche serait mieux soutenue, si elle possédait mieux le sens de l’ordre.

« Mais ce qui compte par-dessus tout c’est que je porte en moi la certitude que les hommes de ma génération ne seront pas morts sans avoir vu se réaliser le Socialisme en France. »….Ainsi parlait Georges ROUGERON.