vincent auriolNé le 27 août 1884 à Revel en Haute-Garonne, fils d'un boulanger qui après avoir suivi ses études de droit, embrassa la carrière d’avocat à Toulouse, Vincent AURIOL a été injustement oublié par l’histoire, comme on se précipita de faire disparaître la IVème République, jugée trop instable, car trop parlementaire.

Admirateur de Jaurès, le grand tribun socialiste lui communiqua son enthousiasme et sa foi, jusqu’à le convaincre qu'il était possible de préparer l'avènement du socialisme dans le cadre de la démocratie libérale et dans le respect des idéaux traditionnels de justice et de vérité.

Elu député de la Haute-Garonne de 1914 à 1940, ce Docteur en Droit et Licencié en Philosophie exerça simultanément la fonction de rédacteur en chef du quotidien Le Midi Socialiste.

Président de la Commission des finances sous le Cartel des Gauches en 1924, cette responsabilité pour laquelle il était reconnu, devait le conduire à entrer dans le Gouvernement Blum au temps du Front Populaire, comme Ministre des Finances en 1936-1937, puis Ministre de la Justice en 1937-1938 et enfin Ministre de la Coordination des Services à la Présidence du Conseil en 1938.

Secrétaire général du groupe socialiste qu'il dirige en 1928 pendant l'absence de Léon Blum, il mena parallèlement une carrière politique locale dans sa petite ville de Mureet dont il était Maire et Conseiller général. Actif pour le milieu agricole, il créa des coopératives meunières et viticoles et de nombreuses autres oeuvres sociales.

Le 10 juillet 1940, refusant la France trahie et défaite par Pétain-Laval, on le retrouva parmi les quatre-vingts parlementaires qui, au casino de Vichy, votaient contre la loi de dessaisissement constitutionnel. Arrêté en septembre 40, emprisonné pendant six mois à Pellevoisin puis à Vals-les-Bains, en compagnie de Paul Reynaud et Georges Mandel, il fut ensuite consigné à domicile. En octobre 1942, il entra dans la clandestinité sous le nom d'André Viard ou de Jules Morel et, dans un hameau des montagnes de l'Aveyron, écrivit un livre publié deux ans plus tard sous le titre Hier et demain, dans lequel il analysa les principales faiblesses des institutions.

 

En octobre 1943, il devait rejoindre De Gaulle à Londres. A Libération, membre de l'Assemblée Consultative provisoire, au sein de laquelle il présida la Commission des affaires étrangères, on le vit soutenir l'idée d'un scrutin de liste avec représentation proportionnelle qui permettrait la formation de partis nationaux cohérents. Il rédigea aussi une proposition de Constitution qui servira de base au projet d'organisation des pouvoirs soumis au référendum.

 

Avant de devenir Président de l’Assemblée Nationale, il fut appelé dans le Gouvernement du Général de Gaulle du 22 novembre 1945, assurant la charge de Ministre d'Etat chargé des rapports avec l'Assemblée en même temps que délégué de la France à la première session de l'O.N.U. A la suite du départ de De Gaulle dénonçant le manège des Partis et qui devait entrer dans la période dite la “traversée du désert”, Auriol alors Président de l’Assemblée Nationale devait le 16 janvier 1947, au premier tour de scrutin, se faire élire Président de la République par le Parlement réuni en congrès à Versailles par 452 voix sur 883 contre M. Champetier de Ribes (M.R.P.)  obtenant 242 suffrages.

 

lbva

Sans dépasser les prérogatives de la haute fonction, il s’installa à l’Elysée sur la base d’un contrat clair avec le Parlement et les Français :  « je regrette de contrarier ceux qui voudraient faire de la Présidence de la République une magistrature passive, silencieuse, de pure représentation. Mais la Constitution m'a confié des responsabilités que j'entends assumer scrupuleusement et complètement. J'ai déclaré dès mon installation que je ne serai ni un Président soliveau, ni un président personnel. Entre le mutisme, le laisser-aller et la décision, l'action effective réservée au Gouvernement responsable, il y a place pour une « magistrature morale » dont on a parlé, pour ce pouvoir de conseil, d'avertissement, de conciliation qui doit être celui du Chef de l'Etat sensible et attentif au-delà des courants d'opinion superficiels et passagers et au-dessus des heurts de parti - à la volonté profonde et permanente du pays : Défendre l'Etat, sa Constitution, ses institutions et en même temps les intérêts permanents de la France que cet Etat représente, c'est ainsi que je conçois mon rôle ».

 

auriolcotyAucune des prérogatives que lui accordait la Constitution ne devait demeurer inutilisée.Au conseil supérieur de la magistrature, il exerça le droit de grâce avec le plus grand libéralisme. Le 6 novembre 1951, c'est lui qui ouvrit, par un important discours, la seconde session de l'Assemblée générale de l'O.N.U. Avant l'expiration de son septennat, il avait manifesté à plusieurs reprises le désir de ne pas se représenter. Populaire auprès des Français, il se fit acclamer lors de la cérémonie du 11 Novembre à Paris, où la foule assemblée criait “Renouvelez” ; ce dont il faut particulièrement ému. c'est M. René Coty, Sénateur indépendant, qui, le 23 décembre 1953, devint son successeur.

 

M. Vincent Auriol, depuis lors, retiré de la vie publique devint Président d'honneur de la Fédération mondiale des anciens combattants et médaillés de la Résistance. Au mois de mai 1958, lors de la crise ouverte par les événements d'Alger, il sortit de sa réserve pour aller défendre devant le groupe parlementaire socialiste la candidature du Général de Gaulle à la Présidence du Conseil : la publication qu'il fit alors des lettres qu'il avait échangées avec le Général joua un rôle déterminant dans la position prise par le parti socialiste à l'égard de l'ancien Chef de la France libre.

 

Peu après, le Général devait lui offrir dans le Gouvernement qu'il constituait, le poste de Vice-Président du Conseil, mais il déclina cette proposition. Membre du Conseil Constitutionnel en vertu de la Constitution du 4 octobre 1958, Auriol donna sa démission du parti socialiste auquel, depuis 1905, il était demeuré fidèle.

 

Son dernier acte politique notoire fut le soutien à la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965. Décédé le 1er janvier 1966 à Paris, l'ancien président Auriol fut inhumé à Muret (Haute-Garonne).

 

Sources : Assemblée Nationale, Elysée.