IMG_7344

EDITORIAL

Les déclarations du Président de la République à propos de Pétain ravivent douleurs et incompréhensions dans un moment où la France dans la clôture du Centenaire de la Guerre 14/18 doit vivre un moment d'unité nationale. Se souvenir de ses enfants. Promouvoir la Paix et l'Europe.

Il a été beaucoup écrit, dit et débattu sur la Collaboration et le régime dit de fait de l’Etat Français. Les historiens, les chercheurs, les témoins de l’époque...Tous ont tenté d’en expliquer les raisons. Les uns en ont fait l’apologie, les autres ont su condamner fermement cette période.

Le bilan demeure particulièrement noir et douloureux pour la France car il a divisé et bouleversé si bien que plus 70 ans après les faits, le champ de la controverse est loin d’être épuisé. Loin de nous l’idée de lancer ici un telle tentative de débat. Désigner les héros et les traîtres n’est pas de notre ressort. Justice a été faite. Et elle doit se faire dès lors que l'apologie d'une telle période est soutenue.

Mais tout de même, on se demande comment le Président de la République après avoir célébré l’entrée de Simone Veil au Panthéon peut-il nous faire croire qu’à son tour, il s’est laissé aveugler par les images d’Epinal du “héros de Verdun” qui avec sa camarilla à Vichy, ont sali l’histoire de notre pays, collaboré, trahi ce que fait l'essence même de la France depuis les Droits de l'Homme. Et de fait, notre cité thermale se trouve régulièrement sous les feux de l’actualité pour cette page sombre et n’en finit pas d’expier son passé. La ville de Vichy et ses habitants n’en sont en aucun cas les responsables !  

Les idées ont la vie dure. Comme cette fâcheuse habitude donc d'attribuer tristement et injustement à Vichy, cette image en guise de notoriété bien encombrante et qui ne reflète pas les grandes qualités de la reine des villes d’eau et du bien-être.

Au moment où la bataille est engagée pour définir cette parenthèse dramatique de l’histoire comme relevant de la “dictature de PETAIN” et où nous voulons être fiers d’être Bourbonnais, nous devons nous lever contre l’utilisation du nom de la ville de Vichy dans un sens négatif. C’est à dire par des formes substantivées censées désigner la trahison ou l’esprit de capitulation. Or, après l’appel du 18-Juin du général de Gaulle, cette ville a accueilli le deuxième acte de résistance : celui des quatre-vingts parlementaires qui ont refusé d’installer un régime d’exception et xénophobe.

Il est bien malheureux que l’on continue à cacher l'histoire de France derrière la géographie d'une ville à fortiori hanté par des fantômes nostalgiques, thuriféraires regroupés en association, vantant les louanges de la trahison, la capitulation et de l’outrage au régime républicain.

Pour liquider cet héritage forcé et encombrant, un parcours dans les ruelles de Vichy existe mais un musée virtuel - ou un centre d’interprétation - adossé à un centre de recherche sur la période serait indispensable. Ils justifieraient à eux seuls que cette ville bordée par l’Allier fut la capitale d’un Etat qu’elle n’avait pas choisi, parce que dotée d’un standard téléphonique et tout autre confort permettant son exercice. Moulins sur Allier, qui se trouvait être le point de passage entre la “ zone libre” et la “zone occupée” a accueilli la ligne de démarcation.

La Malcoiffée, ancien palais ducal, ancien centre carcéral abrita une prison allemande où furent commises les plus horribles forfaitures, niant l’homme et sa condition comme jamais. Pour témoigner de cet épisode tragique, il est appréciable de suivre la genèse muséographique par ailleurs tout à fait avancée dans ce lieu, sous l’autorité du Conseil Départemental de l’Allier. Espérons qu’un jour, Vichy en fera de même. Avancer sur la route de l’avenir nécessitera ce courage là. Il n’est pas sans douleur. Il n’est pas sans pédagogie. Mais il est à ce prix. Alors comme on dit en Bourbonais, Allen...espérons.

Cyrille DARRIGADE,

Secrétaire PS Commentry