lundi 29 mai 2017

GRAVIR LA ROCHE DE SOLUTRE

rochesolutreDimanche 4 juin 2017, les amis proches de François Mitterrand et sa famille, graviront la Roche de Solutré. 

Du haut de son histoire séculaire, cette falaise tutoie les nuages et a vu défiler l’humanité, dans ses prémices, sa grandeur, ses pages sombres aussi.

Au pied, les vignes courent. Elles tracent le chemin du départ. Ce « camino » de l’ascension rituelle, François MITTERRAND l’a emprunté la première fois, en 1946, avec son beau-frère, Roger GOUZE. Du sommet de cet escarpement calcaire, Solutré s’offrait à eux en un spectacle magnifique. C’est alors qu’ils firent le serment, au lendemain de la Libération, de toujours gravir la Roche, le week-end de Pentecôte. Une heure pour atteindre l’extrémité, autant pour la redescendre.
 
Plus de vingt ans ont passé depuis la disparition de François MITTERRAND, mais le souvenir est là,  comme le parcours de son ascension à la tête du pays. Il ne fut ni pavé de roses par ses adversaires, ni rendu rectiligne par ses partenaires de gauche.

Au début de ce rituel, le cercle de fidèles se tenait limité à la famille et aux proches. Le magnétisme du pouvoir aidant, le Président, aux firmaments de sa carrière politique, suivi par son chien Baltique, l’était ensuite d’une cohorte de journalistes parisiens et de compagnons politiques.
 
Dans sa tenue décontractée, qui n’enlevait rien à la figure charismatique de l’homme de Château-Chinon, le gravissement était assuré d’un pas lent et mesuré. Donnant du « temps au temps », le Président laissait s’essouffler les pressés, avec la malignité d’un paysan sachant parfaitement que l’on ne monte pas la Roche à grandes enjambées.

solutre2Dans un silence propice aux respirations, il était, durant la route, taiseux comme peut l’être le Morvan, peu prodigue aux secrets. A son arrivée, il distillait alors les petites phrases et les bons mots, commentant les années passant, sa solitude aux lendemains de la déroute des législatives de 1986, son opposition au gouvernement Chirac. Mais aussi la vie qui passe, comme la Charente coule à Jarnac, charriant le passé.
 
Alors, que voyait François MITTERRAND, hormis le haut des cimes ? Les brumes du fond de Saône, la barrière du Jura, le vieux pays recru d’épreuves. L’avenir aussi, le sentiment profond de s’élever, dans une grand liberté intérieure, pudiquement partagée. De quelques gestes, expressions du visage, il balayait la France du regard. La France qu’il connaissait dans ses moindres recoins et avec laquelle, il épousait tous les contours de l’histoire.
 
Gravir Solutré aujourd’hui, c’est perpétuer le rituel Mitterrandien. C'est aussi retrouver la source qui a fait lever le ferment du socialisme, à la mine, à l’usine, aux champs et au bureau, pour le progrès et l’humain. C’est encore fouler la terre des Gaulois et des Résistants.
 
Rester attaché aux symboles, ce n’est pas se fondre dans la passé. C’est regarder droit devant, puisque en politique, il faut déjouer les impasses, les déviations, les ronces avec persévérance. C’est le message du Solutréen de Pentecôte, qui dans les obstacles et les embûches,  se souvenait que, « lorsqu’il y a une volonté, il y a un chemin ».

Posté par secret ps ctry à 10:41 - Permalien [#]
Tags : ,